rideau !!
C'est le thème du jour pour la communauté de Bric et de Broc, alors il me faut te parler de rideau. Si tu comptes sur moi pour te décrire tous les voilages et autres tentures qui décorent les fenêtres avec un goût très incertain, tu vas être profondément déçu. Moi quand je pense au rideau, je pense à la scène, aux anciens théâtres en rouge et or. J'ai fouillé le net à la recherche de son origine, son histoire ou ses légendes et j'ai pas trouvé grand chose.
Voilà néanmois un pan du sujet largement copié du site Evene
Aussi étonnant que cela puisse paraître, théâtre n'a pas toujours rimé avec rideau. A Athènes, berceau antique des arts de la scène, les spectacles s'appuyaient sur un dispositif rudimentaire avec pour tout décor quelques toiles peintes. Il faudra attendre les premières armes du théâtre latin avant de voir apparaître les rideaux d'avant-scène. Leur particularité ? Grâce à un mécanisme relativement complexe pour l'époque, ils descendent sous la scène au début du spectacle. Curieux retournement : l'ancêtre du sacro-saint lever du rideau est, en vérité, un baisser du rideau.
Tombé en désuétude au Moyen Age et à l'époque élisabéthaine, c'est seulement avec le théâtre de la Renaissance et de l'époque classique qu'il réapparaît pour s'imposer comme un incontournable de la dramaturgie.
Alors qu'en est-il de ce rideau si remarquable, si saillant, le rideau de velours rouge ? C'est au coeur de l'Italie du XVIe
siècle que va naître l'étoffe, dans le cadre d'un réaménagement global des salles de spectacle (forme en U, cadre de scène, décors spectaculaires, loges, corbeilles…). Au gré des nombreux échanges culturels, la France a tôt fait de subir l'influence transalpine : dès le XVIIe siècle, le type "à l'italienne" envahit durablement les théâtres parisiens.
Tributaire de l'art de la perspective, le rideau rouge contribue à mettre en valeur le lieu de la représentation. Il reflète le goût du luxe et de la somptuosité propre aux grands de ce monde. A sa couleur répond celle de la salle et des loges, organisées autour des accords du pourpre et des dorures ; à sa fluidité lascive font écho les courbes du théâtre. De sa teinte émane une chaleur rassurante, une certaine quiétude, en parfaite adéquation avec l'esprit bourgeois, optimiste par nature. Au XIXe siècle, le rideau gagne un usage nouveau : au lieu de simplement marquer le début et la fin du spectacle, il sert désormais à souligner les entractes. Et, à chaque baisser, le même prodige : la parfaite unité de la salle est restaurée, comme rendue à elle-même, tandis que se referme la béance de la scène. Le réel, apaisé, triomphe du rêve, de cet ailleurs incertain où règnent dieux, démons, fantômes et visions.
Le rideau d'avant-scène est une frontière, une masse lourde qui sépare physiquement et symboliquement le monde réel du bal des apparences. "Telle la paupière pour l'oeil, le rideau protège la scène du regard ; il introduit, par son ouverture, au monde caché." Quand il se lève, solennel, le quotidien disparaît, soudain mis entre parenthèses, au profit de la scène et du drame qui s'y joue. Qu'il s'ouvre à l'italienne (par le milieu), à l'allemande (verticalement) ou à la française (des deux manières), c'est un rite de passage qui vise l'effet de surprise, l'émerveillement du spectateur et, pour tout dire, sa duperie. Car le théâtre traditionnel jamais ne se donne comme factice : sans en avoir l'air, il cherche, pendant quelques heures, à être le reflet plus ou moins net de la société des hommes.
C'est la mimesis d'Aristote, l'illusion fondatrice. Et cette belle imposture ne serait pas concevable si la réalité patente, immuable, n'était pas d'abord évacuée, violemment refoulée, et si le spectateur ne s'était pas retrouvé happé par un autre univers. Le rideau d'avant-scène devient alors cet instrument paradoxal, qui sépare et rapproche, qui à la fois divise les mondes et s'impose comme la condition de leur confrontation.
Source : Article "frissonner avant qu'il ne bouge", les images pointent sur les sites d'origine
Et pour illustrer la scène et le spectacle, une petite bidouille perso que j'intitule :
Laque du cygne
