
Lorsque l'on prend le temps d'observer la nature, elle nous réserve
souvent des petits cadeaux inoubliables. C'est ce que je vais essayer de vous raconter dans cet article.
Un accouplement de limaces n'a rien de bien exitant à première vue. Ces gastéropodes gluants, collants, dévoreurs de végétaux déclenchent automatiquement répulsion et leur destruction immédiate est
programmée dans l'heure.
J'ai cherché au travers le net une planche anatomique afin de faire un article complet sur ces bêtes. Je n'ai trouvé que répulsifs, assortiment de poisons, tout une collection de trucs astucieux
pour leur déclarer une guerre sans merci.
Et pourtant ....
Témoin de leur passion amoureuse, je ne pourrai plus les considérer uniquement comme des nuisibles. A mes yeux, ces grandes prêtresses de l'amour m'ont donnée une leçon de douceur et de câlinerie
de haut vol. Que de tendresse, de temps infini dans leur étreinte, de mise en scène romantique et périlleuse et ce, depuis des milliers d'années, dans l'anonymat le plus total.
Ne connaissant pas grand chose sur cette espèce animale, c'est avec mes mots que je vais vous décrire la scène telle qu'elle s'est déroulée sous mes yeux
écarquillés ébahis.
Il y a un mélange de photos personnelles et collectées sur différents sites. Tout ceci pour tenter de faire un reportage complet.
Ces vedettes tantriques mises à l'honneur sont des limaces tigrées, appelées aussi grande loche, espèce commune de nos jardins.
LE NID D'AMOUR
Pour commencer, un tronc de pommier a été choisi pour leurs ébats. Pas facile de les repérer sur l'écorce à la nuit tombante.
Voyons d'un peu plus près
Mode zoom
Ce qui est remarquable à cette étape, c'est le long filet de bave collé sur le tronc. Cette installation aérienne maintient une rotation permanente du couple ainsi constitué, un mouvement
oscillatoire perpétuel. Une seule limace se dévoue pour soutenir leurs ébats. Par hasard, par code, à la courte paille ? si j'étais présente à ce moment, j'ai raté les épisodes précédents. En
remontant la trace brillante de leur bave, elles venaient de très haut dans les branches. Se sont-elles données rendez-vous? Une rencontre hasardeuse? Un langage olfactif ou silencieux? Ca restera
mystérieux.
Comme tout gastéropode, la limace est hermaphrodite, c’est à dire possède potentiellement les deux sexes, mais pas simultanément.
D’abord mâle, la limace devient ensuite femelle, mais les modalités de l’accouplement sont on ne peut plus originales comme on pourra le voir.
D'après mes recherches, le comportement symétrique des deux partenaires indique qu’il s’agit de deux mâles qui sont en train d’échanger leurs spermatozoïdes encapsulés dans des spermatophores.
L’échange se fait par l’orifice génital situé sur le flanc droit de leur tête. Chacun lance alors une sorte de tentacule d'une longueur impressionnante. Ces sexes en 'érection' cherche l'autre pour
se 'brancher'.
LE TRICOTAGE SEXUEL
Non seulement la longueur est remarquable mais la couleur est bleue nacrée. Comme une gamine, je suis émerveillée devant cette découverte ... et c'est loin d'être fini ...
Je n'ai pas de clichés sur la taille finale, croyez moi sur parole.
Le tricotage commence ...
Le temps de se chercher, de s'enrouler, de se dérouler, de tournoyer encore et encore, voici déjà un bon quart d'heure de passé. Le contact est établi, la magie peut continuer.
Une transformation radicale s'opère, leurs tentacules fusionnent modifiant l'aspect de celles-ci. Elles prennent le temps d'être en accord parfait.
Le bleu était déjà magnifique que le rose pâle fait son apparition.
Petite apparition déjà remplacée par une nouveauté, une corole (?)
Quelle oeuvre magnifique !! Ce prélude laisse envisager une suite toute aussi sublime ...
LA FLEUR D'AMOUR
Et voilà l'apothéose. Pas de commentaires superflus, tout est là dans l'oeil du témoin.
Dans ce calice, légèrement transparent, toute une activité s'opère. Il y a échange de fluides vitaux à la perpétuité de l'espèce. Les couleurs, imperceptiblement, fondent ou changent, bleu ou rose
ou blanc, la nacre de leur reflet fait aussi penser à un coquillage en mouvement.
EPILOGUE
L'émotion et la surprise de cet accouplement ont rendu pas mal de clichés flous, d'autres sont manquants. Inconcevable de rater une minute de ce spectacle ainsi offert en étant vissée à l'objectif.
Le souvenir est présent dans ma mémoire grise et j'adore raconter cette histoire vécue à ceux qui souhaitent m'écouter.
Mais revenons à nos amoureux. Lorsque l'échange a été conclu, ils se sont détachés avec douceur. Chacun reprenant possession de ses attributs. Tout est rentré par ordre du commencement. Chaque
tentacule gentiment revenue par son orifice.
Ce qui m'a touchée une nouvelle fois, ce sont les caresses prodiguées à chacun comme s'ils se remerciaient de leur prouesse. Comme s'ils rendaient grâce à leur race ancestrale, perpétrée ainsi
depuis des millénaires. C'est avec une dernière câlinerie de la tête qu'ils se sont détachés.
Ils se sont déliés de leur étreinte passionnelle. Le premier a glissé (plof!) au sol. Le dernier ainsi délaissé a pris le temps de reprendre ses esprits. Il est resté un moment tournoyant solitaire
au bout de son câble baveux. Puis il s'est redressé pour couper le cordon (re plof !).
LA VIE CONTINUE
.
Chacun des mâles hébergera les spermatozoïdes de l’autre et en assurera leur survie, et lorsque sera opéré le changement de sexe, sera réalisée une fécondation croisée avec le stock de
spermatozoïdes de l’autre. Une centaine d’oeufs seront pondus par chacun par l’orifice génital devenu orifice de ponte.
C'est que je vais en avoir du monde dans mes salades ... Mais ça n'a pas d'importance, il me reste toujours suffisamment à manger.
Et ce ne sont pas les limaces qui sont à l'origine des famines.
Alors, découvrez les, apprenez à les connaitre. Ne les tuer pas sans sommation mais tenter de les déplacer dans un autre endroit qui vous dérangera le moins.
Vos traces