le seigneur des anneaux ou le ver mis à nu

Publié le par Lilibeth

Le langage populaire associe volontiers cette petite bête à de la vermine, à un parasite. Cette mauvaise réputation est sans doute due à l’aspect répugnant du ver de terre. Difficile d’imaginer ce tube mou, gluant et rampant devenir un jour un animal de compagnie. Grattons ensemble un peu le sol pour mieux comprendre ce qui se passe six pieds sous terre, dans le sombre univers du lombric.




http://www.animated-gifs.eu/insects-caterpillars/0047.gif



Malgré une réputation peu enviable, le ver de terre ou lombric est l’un des meilleurs alliés du jardinier et de l’agriculteur auxquels il rend silencieusement de fiers et laborieux services. Utile, indispensable même, le lombric est un travailleur acharné. Il joue un rôle fondamental dans la biologie du sol. Pour se déplacer et se nourrir, le lombric creuse des galeries dans les couches supérieures du sol, entre la surface et une profondeur allant jusqu’à deux mètres. Ces petits tunnels facilitent l’aération du sol et son drainage c’est-à-dire la circulation de l’eau. Ils améliorent de plus le développement des racines des plantes qui trouvent après le passage du ver un sol plus meuble (qui se laboure facilement), donc plus facile à coloniser.
 
Le lombric se nourrit essentiellement de débris organiques présents dans le sol où il creuse des galeries : feuilles mortes, restes de plantes ou de cadavres d’animaux. C’est un saprophage : il se nourrit de matière organique en décomposition. La période la plus active de l’année pour le lombric est donc l’automne, lorsque le sol est jonché de feuilles tendres fraîchement abandonnées par les végétaux. Pour digérer ces éléments, le lombric les mélange directement à de la terre et à de la salive. Il rejette ensuite les éléments non assimilables sous forme de tortillons visibles à la surface du sol, et dont la présence trahit la proximité de l’invertébré (animal sans colonne vertébrale). Le lombric déplace ainsi chaque jour l’équivalent de son poids.

En un mot, le lombric en se déplaçant de haut en bas, et de bas en haut, apporte aux couches profondes du sol les éléments qu’il ne contient pas comme les végétaux morts, et fait remonter du sous-sol des oligo-éléments comme le fer, le souffre... Il aide le sol à se reconstituer. En plus, le lombric n’est pas un parasite puisqu’il ne touche ni aux racines ni aux plantes saines.

Ni queue ni tête

http://www.animated-gifs.eu/insects-caterpillars/0093.gifDifficile de distinguer l’avant de l’arrière et vice et versa lorsqu’on observe un lombric immobile. La tête du lombric n’en est d’ailleurs pas vraiment une. Ce n’est autre qu’une minuscule bouche garnie de dents microscopiques. Le corps du lombric adulte mesure environ 10 cm. Il est formé d’une centaine d’anneaux d’où le nom d'annélide, famille à laquelle il appartient. Tous les segments sont identiques à l’exception du premier, la tête, qui porte la bouche, et du dernier, qui porte l’anus.

Pour se déplacer, le lombric contracte les muscles circulaires qui couvrent toute la longueur de son corps puis les étire, ce qui donne cet effet de vague lorsqu’on l’observe. Pour être moins vulnérable aux aspérités du sol, la peau du lombric est couverte de petites soies, des filaments qui agissent comme de minuscules griffes et le fixent à terre au fur et à mesure qu’il avance en allongeant et raccourcissant son corps. Les soies sont aussi des organes sensoriels qui détectent les vibrations du sol et permettent de repérer la proximité d’un prédateur, une taupe par exemple.


Mâle ou femelle ?

Le lombric est hermaphrodite. Chaque individu est à la fois mâle et femelle, et comme l’escargot la fécondation est habituellement croisée. Les œufs se développent dans un cocon de mucus (sécrétion visqueuses produite par les muqueuses et jouant un rôle de protection) situé au niveau d’un des anneaux avant du ver. Les œufs sont pondus dans le sol jusqu’à éclosion des vers miniatures. Certaines espèces de lombric ont une durée de vie allant jusqu’à dix ans.

Un vrai coup de peau

Le lombric n’a pas de poumon. Vous ne le verrez donc jamais respirer au sens où on l’entend pour l’homme dont la cage thoracique s’ouvre et se ferme pour emmagasiner et rejeter l’air. Le ver respire par la peau comme la rainette. Les échanges gazeux entre l’air et le sang se font sur toute la surface du corps. Cette fonction est assurée grâce à un épiderme maintenu toujours humide, ce qui facilite notamment le déplacement du ver. En période de sécheresse, et afin de ne pas mourir asphyxié parce que desséché, il arrive que le ver se place comme l’escargot en état de léthargie (sommeil profond) en s’enroulant sur lui-même. De même le ver peut mourir asphyxié s’il reste trop longtemps dans l’eau. L’eau étant pauvre en oxygène, la surface de sa peau ne suffira pas à absorber le volume de gaz nécessaire à sa survie.

Un animal cultivé

Le lombric peut devenir une très bonne source de protéines. Certains auront peut être tenté l’expérience http://www.animated-gifs.eu/insects-caterpillars/0054.gifqui consiste à déguster cru ou cuit un représentant de cette espèce rampante, d’autres en sont familiers pour les accrocher au bout de leur hameçon de pêcheur, mais c’est surtout à des petits rongeurs et à quelques oiseaux qu’ils servent quotidiennement de repas : les taupes, les musaraignes, les merles, les grives... Quant aux poules, c’est bien connu, elles passent la plus grande partie de leur temps à gratter et piocher la surface du sol de leur bec à la recherche de délicieux lombrics.

Dans certains pays en voie de développement, les vers sont même l’objet d’une véritable culture (au sens d’agriculture bien sûr) aux effets positifs sur le niveau de vie des petits paysans et sur l’environnement. En Argentine par exemple, un programme vise à développer la culture de vers rouges de Californie en les nourrissant de tous les déchets organiques des potagers. Ce procédé, en plus de limiter les décharges sauvages, permet de produire de l’engrais de qualité à moindre frais et par la suite d’améliorer la production des petits planteurs. C’est aussi un complément de revenu puisque les vers en excédent sont revendus à des sociétés de pêche.


La lombricompostage : toujours au service de l’homme ?

Voilà un procédé "écolo" à un problème de plus en plus épineux : le recyclage des déchets organiques humains par les lombrics, ou lombricompostage. Le recours au lombricompostage vient de la réunion de deux constats. Considérant d’une part que sur un hectare de terrain on trouve 4 millions de lombrics capables d’ingérer 250 tonnes de sol par an et, d’autre part que nous autres humains sommes toujours à la recherche du procédé technique permettant d’éliminer les quantités astronomiques de déchets organiques que nous produisons, pourquoi ne pas confier ce service au ver de terre ? Cette expérience existe à l’échelle industrielle en Ardèche. Le principe consiste à trier les déchets ménagers pour les débarrasser de tout ce qui n’est pas biodégradable (plastique, verre, métaux) et de livrer le reliquat à l’appétit de milliers de lombrics placés à la température idéale de 35 °C. Les voraces invertébrés sont capables de produire 300 kg de terreau utilisable pour l’agriculture à partir d’une tonne de déchets. Une prouesse à retenir pour apporter des solutions écologiques au délicat problème des décharges.

Un lombric de 3 mètres de long, ça n’existe pas ?

Le lombric commun d’Europe ne mesure en moyenne que 10 petits centimètres mais provoque déjà des grimaces de rejet chez beaucoup de nos semblables. Imaginez ce qu’il adviendrait si un lombric géant sillonnait nos campagnes en grignotant tranquillement quelques pommes pourries à l’ombre d’un verger ? Et bien ce lombric existe et ce n’est pas de la science-fiction. Certaines régions d'Australie abritent une espèce de ver pouvant mesurer jusqu’à 3 mètres de long avec un diamètre de 3 cm. Bien qu’absolument inoffensif, ce ver a de quoi faire peur.

Et si les lombrics décidaient subitement de dominer le monde ?

Ce n’est pas le titre d’un scénario catastrophe mais méditez plutôt les quelques chiffres qui suivent.
Sur un hectare de sol de forêt, on trouve de 1 à 2 millions de lombrics. Les vers de terre sont la plus grosse masse de protéines du globe et représentent 80 % poids global des animaux terrestres. Le poids total des lombrics de France serait de 100 à 200 millions de tonnes, soit 33 à 66 fois le poids total des Français évalué à 3 millions de tonnes. Imaginez le résultat si les lombrics décidaient de se réunir pour défiler dans la rue !



Les mots du quotidien

  • Être nu comme un ver : être complètement nu.
  • Tirer les vers du nez à quelqu’un, c’est lui arracher des confidences.
  • Véreux : quelque chose ou quelqu'un de pas très recommandable.
  • Le ver est dans le fruit : signifie qu'une situation dégradée ne peut qu'empirer.
  • Ne pas être piqué des vers : désigne quelque chose ou quelqu'un de d'original, de remarquable mais de sain. Par contre un meuble piqué des vers est endommagé. (On dit aussi "pas piqué des hannetons".)
  • Se tordre comme un ver : gigoter dans tous les sens.
  • Tuer le ver : boire à jeûn une "petite gnôle" pour tuer les parasites.
  • L'expression "ver coquin" désigne ce qui excite l'imagination, sans quoi c'est un ver qui attaque la vigne.
  • On dit qu'un ver de terre est amoureux d'une étoile lorsqu'on considère qu'une personne médiocre est amoureuse de quelqu'un d'inaccessible.
  • Véroter, c'est chercher des vers pour la pêche ou pour se nourrir si c'est un oiseau.
  • Enfin, si l'on dit de vous que vous êtes un vermisseau ou un vermicelle (petit ver), c'es que vous êtes un peu chêtif.
  • D'ailleurs, les mots tirés du latin "vermis" (préfixe vermi-) qui signifie ver sont nombreux et variés :
    - Vermifuge : contre les vers,
    - Vermification : apparition de vers dans les aliments,
    - Vermiculer : orner de fines stries,
    - Vermiclaire : qui a la forme d'un vers,
    - Vermiller : fouiller la terre pour trouver des vers en parlant d'un cochon ou d'un sanglier.
  • L'adjectif vermeil est également issu du diminutif de vermis, vermiculus qui désignait le vermisseau et la "rage des chiens" supposée être provoquée par un ver : la cochenille du chêne d'où "couleur écarlate". Le no vermeil désigne aujourd'hui un argent doré recouvert d'une dorure tirant sur le rouge.
  • Le ver solitaire n’est jamais vraiment seul puisqu’il s’agit d’un parasite des mammifères, dont l’homme, couramment appelé ténia.
Recette mexicaine

Il est  coutume de consommer les lombrics en quantité quasi-industrielle chaque 28 décembre, jour des innocents. La manière la plus simple et la plus courante de les préparer est de les pocher quelques secondes à peine (plus longtemps ils deviennent caoutchouteux) dans l'eau bouillante. Ils sont alors à peine cuit,s très fondants et juteux à l'intérieur.



SOURCE


artcle précédemment publié le 25/09/09

modifié le 5 août 2010 (la source est cassée ...)

Publié dans carnet de notes

Commenter cet article

Madinina27 07/03/2010 08:25


bonjour Lilibeth
voilà un article peu commun
et bien il y a à dire sur ce lombric
belle journée à toi
bizzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz


Lilibeth 07/03/2010 14:19



surtout que le travail de jardinage va reprendre bientôt ..
Bisous et bon dimanche



Nadine Quinn 06/03/2010 13:59






Sous l'Antiquité, Les Grecs respectaient les vers de terre en tant qu'améliorateurs et garants de la fertilité du sol. Aristote (384-322 av J.C.) élève de Platon, avait surnommé les
vers de terre les "intestins de la terre".




Les Egyptiens étaient conscients de l’importance des vers. Animaux sacrés, bien que la richesse des substances fertilisantes charriées par le limon sur les berges du Nil ne fisse pas
défaut. Cléopâtre (69-30 av. J.C.) avait même édicté une loi interdisant d’exporter les vers de terre.




Les vers étaient considérés comme nuisibles au 18ème et 19ème siècle en Occident : ils étaient accusés (à tort, ils n’ont pas de dents !) de manger les racines des plantes. C’est de cette
époque que date la mauvaise réputation des vers, heureusement non fondée. Aujourd’hui encore, les producteurs d'engrais chimiques semblent oublier que le ver de terre fait leur travail
mieux qu'eux. L'humus se dégrade en même temps que les vers disparaissent. Les engrais chimiques les affaiblissent, les pesticides les tuent et rendent l’humus stérile.




On doit l'étude contemporaine du ver de terre à Charles Darwin (1809-1882), grand naturaliste passionné et fondateur de la théorie de l'évolution, qui a publié ses études dans un livre paru
en 1881 (Rôle des vers de terre dans la formation de la terre végétale).






Lilibeth 06/03/2010 19:44



Merci beaucoup pour tous ces compléments d'information sur le lombric. C'est vrai que je n'avais pas creuser plus loin que cette présentation humoristique.

Les grecs et les égyptiens étaient des gens civilisés. Ils nous laissent un héritage pourtant clair mais que l'on ne daigne pas suivre.
Les nuisibles d'hier sont les utiles d'aujourd'hui. C'est la peur de ce que l'on ne connait pas. Réahabilitons le ver malgré son apparence. Il serait dommage que la terre devienne stérile à force
d'engrais pour s'en rendre compte. Mais bon, profits, profits ...

Par contre je ne suis pas très darwiniste. Mais ce monsieur a eu la présence d'esprit de s'intéresser à cet invertébré. Le lombricomposte commence a être apprécié par les jardiniers et quelques
fermes se développent.
Merci Nadine pour ton passage fort intéressant et complémentaire. Je pense intégrer tes commentaires à la suite de cet article.
A bientôt

ps : le lien ne fonctionne pas pour voir ton blog



Vanessa 05/03/2010 23:20



te souhaite un tres bon week end


bonne nuit a toi




Lilibeth 06/03/2010 12:31



Je te souhaite un excellent week end. Profite bien pour te détendre et rester fraîche comme une rose


Gros bisous



Armide 05/03/2010 23:11


Le lombric est conformé de façon curieuse d'un côté l'anus, de l'autre la bouche et l'orifice urinaire
Malgré ma répusion pour les espèces rampantes, j'ai appris depuis longtemps à ne méfier des apparences.


Lilibeth 06/03/2010 12:20



Euh oui, ça doit être compliqué pour une vie en couple .
Y a pas plus peace and love que ce tortillard
Bonne journée



Vanessa 05/03/2010 21:51


rho me fait rire ton article parce que je me souviens ce qu'on faisait au vers de terre quand j'etais petite MDR
te dis pas car c'est cracra lol
tres bonne soirée a toi
bisous


Lilibeth 06/03/2010 12:19



ben maintenant tu pourras mettre une calotte aux sales gosses
Bisous et bonne journée Vané